J’ai le trac. Quatre jours d’épreuve. Après six mois d’entraînement, sur des volcans en activité et dans des vestiges incas entre autres, je valide mes acquis dans le parc Torres del Paine. J’ai assisté la veille à une réunion pour les dernières instructions. J’ai fait ma liste de fournitures. J’ai préparé mon cartable (20 kilos). Je suis prêt pour 80 kilomètres de randonnée en 4 jours. Faire le « W ». Le W représente le tracé du circuit sur une carte, chaque patte de la lettre correspondant à une vallée ; il représente pour moi le symbole du winner – échec interdit.

JOUR 1. Le bus me dépose au pied du W. Sac à dos sur le dos – c’est sa place. J’attaque la première montée avec beaucoup d’aisance : l’excitation du départ. Marche le long d’une rivière où l’on peut remplir sa gourde d’une eau magique. Je croise Stéphanie et Julien, qui seront de sympathiques partenaires de marche. Tente plantée et une dernière heure de vive montée pour apercevoir les Torres del Paine, des blocs de granit de 2 km de haut. Vive descente. Vive nuit. Vive cette nuit !

JOUR 2. Lever en pleine nuit pour aller voir les tours au lever du soleil. Même montée que la veille pour un spectacle magique de tours oscillant entre le rouge et le jaune. Dans la descente, quelques chevaux en liberté nous accompagnent, au milieu des steppes de Patagonie et quelques lagunes éparpillées.

JOUR 3. Lever sous la pluie et le vent. Au menu de la journée, la vallée del Frances. Après deux heures de marche sur le plat, puis une demi-heure de montée sur des rochers, j’ai le moral dans les chaussettes. Mauvaise alimentation. Fatigue. Envie de crier STOP. Et là, un soutien : Stéphanie et Julien me font passer devant. J’avance plus vite : j’avance à l’orgueil. Vue sur de nouveaux blocs de granit bicolores et des glaciers au loin. Le panorama méritait l’effort.

JOUR 4. Dernier jour. Réveillé par la pluie qui siffle dans la tente. Direction refuge pour café chaud qui s’éternise. Départ décalé de 2 heures, pour cause d’espoir de soleil qui ne venait pas. Ce jour là, je pars sans mon fardeau sur le dos et sème logiquement mes deux amis de marche. Je marche seul, sous une pluie glaciale et un vent pas beaucoup plus chaud. Mon pantalon, mouillé et froid, me colle à la peau. Je pense faire demi-tour. Décidément, le muscle froid est un mauvais conseiller ! « Vous reprendrez bien une dose d’orgueil ? », me dit ma conscience. Je veux aller jusqu’au bout ! J’ai lutté contre le vent et le ciel gris. J’ai été récompensé, avec un éclair d’éclaircie devant le glacier Grey et deux icebergs géants ! Je peux rentrer : il ne me reste plus que trois heures de marche. Le vent s’est excité à tel point que j’ai du me mettre à genoux pour ne pas tomber. A chaque nouvelle photo, je tenais mon appareil avec force, craignant qu’un blizzard aussi puissant l’emporte, et balaye aussi tous mes souvenirs.

EVALUATION FINALE. Epuisé mais ravi. Genoux et muscles à l’agonie. Epreuve réussie.