Pour passer de l Amerique Centrale (le Panama) a l Amerique du Sud (la Colombie), il n y a pas de voie terrestre. Les deux seules solutions sont : l avion ou le voilier. Ce sera le voilier...
Le voilier part d une ile dans l Archipel de San Blas - qui en compte plus de 300. L ile de depart s appelle El Porvenir, l Ile du Futur... En arrivant sur cet ilot, on apercoit le capitaine du bateau, que nous appellerons Capitan, parce que nous l avons toujours appelé Capitan. Celui a qui nous allons confier notre vie pendant une semaine est un colombien d une soixantaine d années, boiteux et alcoolique. Il nous donne ses instructions : "Moussaillons, nous serons tous égaux sur le bateau! Nous nous relaierons à la barre. Nous nous relaierons a la cuisine. Nous nous relaierons pour aller chercher les bières." Dans l equipe, Shaan et Jeremy, un couple de singapouriens, Valentin, un neerlandais, et Soda, un japonais etudiant en philosophie orientale - doublement zen.

En debarquant sur notre bateau, un voilier de 30 pieds, nous sommes mis au parfum dès la préparation du petit-dejeuner. La recette : Rhum (obligatoire), Cereales, Ananas et Miel (en option). Nous passons l après-midi dans des eaux cristallines et savourons un dejeuner dinatoire composé de langoustes, riz coco et salade. Premier jour de rêve, en images.


C est un moment de bonheur intense. Capitan est notre gourou. Certes, il a des airs de capitaine Haddock avec sa barbe, ses insultes qu il répète à chaque phrase et sa légère attirance pour l alcool. Mais j exagère, Capitan ne fait pas que boire : quelquefois, il cuve!
Nous passerons le deuxième et troisième jour a parcourir les iles de l archipel et a manger de la langouste. La vie est belle.

Entre le reve et la réalité, il y a eu une etape importante : le CAUCHEMARD... Et il a commencé le 4ème jour. Direction pleine mer. Pleine mer agitée pour etre précis. Quelques heures apres notre depart, je lance un "Capitan, c est normal la lumiere rouge sur le tableau de bord?". En voyant cela, Capitan arrete le moteur : nous naviguerons exclusivement grace a la force du vent. Puis c est le coucher de soleil sur la mer des Caraibes. Absence de terre en vue. Moment d epanouissement profond. Souvenirs des trois jours passés au paradis. Souvenir du moment présent. Souvenir du futur en Amérique du Sud. Souvenir de l instant, pas si éloigné, ou le bateau était mon ami...

C est a cet instant precis que j ai entendu un bruit provenant de la cabine "PASSEZ MOI LE SEAU JAUNE!!!" Je le détache, le fais passer en cabine et reviens a moi-meme. Pas pour longtemps.
"BESOIN D AIDE EN CABINE POUR VIDER L EAU."
Je me lève. Je croise Shaan qui me demande si c est normal qu il y ait de l eau en cabine. Je ne sais pas : je n ai pas mon permis bateau... Que repondre? Non, c est pas normal et tu le sais tres bien. Je me prepare.
Casserole dans la main droite. Seau jaune dans la main gauche. Casserole qui racle le sol pour receuillir l eau. Casserole qui remplit le seau.
Seau plein vidé a l exterieur.
Tout cela allongé pour ne pas etre malade. Ca tangue violemment. Capitan prépare une pompe pour le moteur. La "lumière rouge". J entends un "plus vite : le bateau prend l eau!". Montee d adrenaline.
Situation tendue. Quatre personnes en train de vomir sur le pont, dont une qui tient la barre. Je lance un "SODA, EN CABINE!".
Il va m aider a remplir le seau avec un autre recipient.
Dix minutes - interminables - plus tard, la pompe est fabriquée, le moteur est réparé. Je m endors sur les coussins tombés par terre. Autant dire que le 5ème et 6ème jour furent, pour Shaan, Jeremy et moi, deux jours de jeun et de repos.
En arrivant au port, nous ne nous vimes pas trois mille. Nous n etions que quelques marins en herbe ayant envie d étrangler le capitaine Haddock pour ne pas avoir mieux préparé son bateau. Mais Milou ne nous l aurait jamais pardonné.

